La réforme de l’orthographe

Puisqu’elle est de nouveau au goût du jour, je mets ici un petit article que j’avais écrit il y a quelque temps sur cette fameuse réforme tant honnie aujourd’hui…

Ayant pour origine une volonté de simplification de certaines règles orthographiques, cette réforme (ou nouvelle orthographe « NO ») émane d’un rapport du Conseil supérieur de la langue française, qui a reçu l’approbation de l’Académie française et a finalement été publié dans le Journal officiel le 6 décembre 1990.

Voici le lien du document tel qu’il a été publié : http://www.academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/rectifications_1990.pdf

Il faut signaler que cette « réforme », qui n’en est pas vraiment une finalement, n’a rien d’obligatoire car « aucune des deux graphies ne peut être tenue pour fautive ». Autrement dit, on peut faire comme on veut… Voilà très certainement l’un des premiers problèmes de cette nouvelle orthographe très controversée et assez peu suivie d’effets véritables. Même si elle a été validée, son caractère facultatif fait qu’elle a été – et est toujours – très peu connue du grand public, et très souvent boudée par les enseignants eux-mêmes. Il a fallu attendre 2007 pour que le Bulletin officiel de l’Education nationale reconnaisse la réforme (12 avril 2007). Cette réforme est devenue même la référence en matière d’enseignement primaire et secondaire depuis 2008 (19 juin 2008 pour la primaire et 28 août pour le collège). Mais dans les faits, elle n’est pas nécessairement appliquée (même si, par exemple, mon fils en CE2 a appris l’écriture des nombres avec l’omniprésence des tirets, l’une des recommandations de la NO) : la plupart des ouvrages scolaires sont encore rédigés dans l’ancienne orthographe, notamment. Et l’édition dans son ensemble, suit assez peu les recommandations de 1990.

La « rectification », ou « recommandation » proposée par la réforme touche environ deux mille mots (« deux-mille » devrais-je d’ailleurs écrire !) de la langue française, soit une petite partie de notre riche vocabulaire qui en contient, selon les dictionnaires, entre cinquante mille et soixante mille environ. Par ailleurs, de nombreux dictionnaires ne tiennent pas compte de cette NO, en partant du principe qu’ils se veulent le reflet actuel de la langue qui, globalement, n’en tient pas compte. L’un des problèmes provient du fait que certaines recommandations sont plus facilement passées, comme l’écriture d’événement « évènement » (NO), ou « plateforme » pour « plate-forme » dans l’ancienne orthographe tandis que d’autres paraissent assez étonnantes (je ne m’habituerai jamais à « ognon » je pense…).

Va-t-elle trop loin cette réforme ? Ou pas assez, comme le pensent certains spécialistes, notamment sur les lettres doubles ou certaines orthographes héritées de l’étymologie grecque… ? Vaste question. François de Closets, auteur du Zéro faute, est un fervent partisan d’une réforme approfondie. A contrario, certains la considèrent comme source d’appauvrissement intellectuel. Coupée de son étymologie, cela revient à renier une partie de l’histoire de la langue française. Mais simplifier la langue ne serait-il pas un moyen de faciliter son apprentissage par les élèves et que ses règles trop rigides rendent trop complexe ? C’est le sentiment de l’association de parents d’élèves PEEP.

Cette NO constitue-t-elle pourtant une véritable simplification ?

Pour ma part, dans mon travail de correcteur, j’avoue ne pas appliquer la plupart des recommandations de la NO (ou alors sur demande expresse d’un client, ce qui n’est jamais arrivé), à l’exception de quelques cas isolés qui me paraissent sensés, comme l’utilisation de l’accent grave sur des mots tels que « évènement », ou l’invariabilité du verbe « laisser » lorsqu’il est pronominal (« elle s’est laissé mourir », sur le modèle de « faire » : « elle s’est fait applaudir »). Certaines recommandations me laissent assez songeur, comme « nénufar » (pourtant recommandé depuis longtemps par l’Académie) ou « ognon »…

Est-ce vraiment simplifier ? Pour ce dernier mot, n’aurait-il pas fallu écrire finalement « onion » ? Et le fait d’ôter le « ph » à nénuphar va-t-il réellement simplifier son écriture pour les élèves ? D’aucuns trouveront toujours le moyen d’écrire « nénnufar » ou « nénuphare »…

Je vais tâcher de faire une synthèse des recommandations qui portent sur une dizaine de thèmes mais je signalerai surtout celles qui sont aujourd’hui plus largement acceptées ou reconnues, même si elles sont peu nombreuses au final. Etonnamment, cette nouvelle orthographe est plus facilement acceptée à l’étranger, et notamment au Québec, ou en Belgique et en Suisse.

Le débat est lancé !

  1. LE TRAIT D’UNION

Il existe il est vrai un flottement important dans l’utilisation du trait d’union dans la langue française, par exemple au niveau de préfixes comme « ultra », « poly », « extra », etc., ou encore les onomatopées et les mots d’origine étrangère. La NO recommande une soudure, notamment lorsque le mot est bien entré dans l’usage et forme une seule unité lexicale :

  • Contresens, contrechant, contrordre, contrindication (« au lieu de contre-indication »), etc.
  • Extraconjugal, infrastructure, infrasonore, ultrasons, extraterrestre, etc.
  • Autostop, terreplein, chauvesouris, hautparleur, potpourri, portemonnaie, etc.
  • Cardiovasculaire, minichaine, psychomoteur, agroalimentaire, macroéconomie, etc.
  • Weekend, tictac, etc.

Dans le cas de l’écriture des nombres – cf. mon article http://la-plume-numerique.over-blog.com/2015/01/l-ecriture-des-nombres.html –, le tiret est autorisé pour tous, même supérieurs à cent :

  • Deux-cent-cinquante-sept, vingt-et-un ;
  • Trois-mille-deux-cents, cinq-cent-mille-six-cent-douze, etc.

 

  1. LE PLURIEL DES NOMS COMPOSÉS

La NO vient simplifier celui-ci lorsque le mot composé se présente sous la formeverbe + nom ou préposition + nom :

  • Un pèse-lettre, des pèse-lettres ; un cure-dent, des cure-dents ; un abat-jour, des abat-jours, un après-midi, des après-midis ; un sans-abri, des sans-abris, etc.

 

  1. L’EMPLOI DE L’ACCENT GRAVE À LA PLACE DE L’ACCENT AIGU

Dans un certain nombre de mots, afin d’être plus en accord avec la prononciation,l’accent grave est substitué à l’accent aigu :

  • Evènement, règlementaire, amoncèlement, sècheresse, etc.

C’est encore le cas pour certaines formes du futur, sur l’exemple de « semer » :

  • Je céderai => je cèderai ;
  • J’allégerai => j’allègerai ;
  • Puissé-je ? => puissè-je ? (forme interrogative au présent de l’indicatif)

 

  1. L’ACCENT CIRCONFLEXE

Dans de très nombreux termes, celui-ci disparaît sur le i et le u selon la NO :

  • Août => aout ; coût => cout ; piqûre = > piqure ; crûment => crument ; dûment = > dument, etc.
  • Entraîner, paraître => entrainer, paraitre, etc.

Il est par contre toujours présent dans les formes grammaticales telles que « j’ai dû », « bien qu’il fût », mais encore lorsqu’il apporte une distinction de sens, comme dans « jeûne », « mûr » ou « sûr », « mâtin », « le vôtre », etc.

 

  1. TOUS LES VERBES EN -ELER OU -ETER SUIVENT LE MODÈLE DE « PELER » ET « ACHETER » :

  • Ruisseler : avant, « il ruisselle », NO = « il ruissèle » ; idem pour « ensorceler », « amonceler », « craqueler », « grommeler », « marteler », etc.
  • Epousseter : avant, « il époussette », NO = « il époussète » ; idem pour « étiqueter », etc.

Il découle de cette règle que les dérivés en -ment prennent également la même forme :

  • Amoncèlement, ensorcèlement, morcèlement, etc.

Il demeure deux exceptions : « appeler » et « jeter » (ainsi que ses composés) qui conservent leur conjugaison d’origine.

 

  1. LES MOTS EN -OLLE ET LES VERBES EN -OTTER S’ÉCRIVENT RESPECTIVEMENT -OLE ET -OTER

Afin de coller aux termes tels que « bestiole » ou « camisole ». Ainsi :

  • Corolle => corole ; fumerolle = > fumerole ; girolle => girole, etc.
  • Frisotter = > frisoter.

Il reste des exceptions à cette règle, notamment « folle », « colle » ou « molle ».

 

  1. LE PLURIEL DES MOTS D’EMPRUNT À UNE LANGUE ÉTRANGÈRE

La NO recommande la « francisation » des pluriels :

  • Un scénario, des scénarios ; un jacuzzi, des jacuzzis ; un match, des matchs ; un lied, des lieds (au lieu de lieder) ; un land, des lands (au lieu de länder) ; un jazzman, des jazzmans (au lieu de jazzmen), etc.
  • Certains demeurent invariables, lorsqu’ils se terminent déjà par un s, un x ou un z : un box, des box ; un kibboutz, des kibboutz, etc.

 

  1. LE TRÉMA DANS LA PRONONCIATION DU U POUR CERTAINS TERMES

Il est d’usage selon la NO de déplacer le tréma d’un u dans la suite -gu ou -geu. Nous devrions donc écrire :

  • Exigüe, et non plus exiguë, idem pour aigüe, ambigüité, etc.
  • Gageure devient : gageüre ; arguer => argüer, etc.

 

  1. LE CAS DE « LAISSER » EN VERBE PRONOMINAL

Il est d’avis de la NO de garder l’invariabilité du participe du verbe pronominal « laisser » :

  • Elle s’est laissé faire, au lieu de « elle s’est laissée faire ».

 

  1. ACCENTUATION DES NOMS D’EMPRUNT

Les mots d’origine étrangère passés dans le langage courant prendront un accent :

  • Vadémécum, jéjunum, sénior, véto, satisfécit, spéculum, critérium, linoléum, etc.

AVIS : cette règle me semble être bonne et de bon sens.

  1. RECTIFICATION D’ANOMALIES

Ce sont des modifications isolées qui sont recommandées par la NO. Difficile de dresser un tableau in extenso mais voici quelques données :

  • Simplification de quelques participes comme « dissout, dissoute » (au lieu de dissous) ou « absout, absoute » (au lieu de absous) ;
  • Modification d’un t en tt comme dans : cahutte (au lieu de cahute), combattivité (au lieu de combativité) ; suppression du ll dans imbécilité ; ajout du ff dans persiffler, etc.
  • Simplifications orthographiques diverses : exéma pour eczéma, saccarine pour saccharine, sorgo pour sorgho, relai pour relais, nénufar au lieu de nénuphar, douçâtre pour douceâtre, cuisseau au lieu de cuissot, bonhommie pour bonhomie, charriot pour chariot, assoir pour asseoir (se conjugue alors : j’assois), etc.

La liste de ces modifications est assez longue, et je vous invite à consulter le lien donné en début d’article, qui est la référence officielle.

AVIS : je suis assez sceptique sur la simplification véritable.

Voilà, il s’agit d’une petite synthèse sur cette réforme, je suis conscient d’avoir omis de nombreux exemples et je vous invite, si vous êtes intéressés, à consulter les documents officiels afin de vous faire une idée plus approfondie de la logique sous-entendue par cette réforme.

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