La ponctuation, question d’espaces…

Avant d’entrer dans le vif du sujet, levons une ambiguïté de langage : espace, en typographie, est un mot féminin. On dit donc de préférence « une espace », qui la différencie de l’autre signification du mot espace.

Vous le savez bien sûr, la ponctuation est un élément structurant de l’écriture. Elle apporte du sens et du style. Il y a donc certes le fond – le texte en lui-même –, très important bien sûr (un texte mauvais, même bien ponctué, sera toujours mauvais), mais la forme constitue une part importante du travail d’écriture. Ainsi, un texte bon sur le fond, peut se révéler mauvais, peu compréhensible, car mal ponctué. Et c’est bien là toute l’importance de la ponctuation.

Ponctuer c’est aussi utiliser quelques règles de base de typographie en matière d’espaces, qui est aussi le thème de ce petit article. Petit tour d’horizon des signes de ponctuation.

Le point termine, c’est bien connu, la phrase. Il marque une pause dite « longue » dans le récit, lorsque le récit glisse vers une nouvelle idée :

« L’inspecteur se tenait devant moi. Son collègue était parti chercher des documents. » Là, deux phrases, deux idées.

Dans les titres, on ne met pas de point généralement.

Le point est collé au dernier mot de la phrase et est suivi d’une espace dite « normale », ou « justifiante », que l’on insère tout simplement avec la touche « espace » du clavier.

La virgule sert à faire une pause plus courte dans le récit et sépare les éléments qui ne sont pas unis par une conjonction de coordination. Ainsi, la virgule permet de séparer des éléments d’une énumération. Quelques petites règles de composition : on ne met jamais de virgule avant une parenthèse ou un tiret d’incise (vous savez ce qu’il est à présent).

Tout comme le point, la virgule est accolée au mot qui la précède et est séparée du terme suivant par une espace normale.

Un signe qui est parfois totalement absent, le point-virgule, pourtant ce dernier a toute son utilité dans un texte bien construit. Il permet de séparer, dans une même phrase, des propositions que l’on pourrait qualifier de plus ou moins indépendantes. Voici un petit exemple tiré de Jules Verne, Le Tour du monde en 80 jours :

« S’il dînait ou déjeunait, c’étaient les cuisines, le garde-manger, l’office, la poissonnerie, la laiterie du club, qui fournissaient à sa table leurs succulentes réserves ; c’étaient les domestiques du club, graves personnages en habit noir, chaussés de souliers à semelles de molleton, qui le servaient dans une porcelaine spéciale et sur un admirable linge en toile de Saxe ; c’étaient les cristaux à moule perdu du club qui contenaient son sherry, son porto, son claret mélangé de cannelle, de capillaire et de cinnamome ; c’était enfin la glace du club – glace vendue à grands frais des lacs d’Amérique – qui entretenaient ses boissons dans un satisfaisant état de fraîcheur. »

Dans cet exemple, vous remarquerez donc l’articulation entre la virgule, pour les énumérations, et le point-virgule qui sépare des éléments distincts d’une même phrase mais ayant la même idée ou même thème.

Le point-virgule est séparé du terme qui le précède par une espace dite « fine insécable ». Quelle est-elle ? C’est une espace qui ne peut pas être scindée, par exemple, par un saut de ligne. Ainsi, un point-virgule, même s’il est séparé par une espace après le terme de fin de proposition, ne peut être renvoyé en début de ligne. Normalement, dès que vous utilisez la touche « ; » sur un logiciel de traitement de texte, l’espace adéquate est automatiquement insérée (veillez toutefois à ce que la langue de vérification de votre logiciel de traitement de texte soit bien le français, car en anglais, le point-virgule est accolé au mot qui le précède). Dans le cas contraire, l’espace fine insécable s’insère ainsi : Ctrl+shift+espace (clavier Windows) ou en faisant Alt+0160 sur le pavé numérique (code ASCII). L’espace qui suit le point-virgule est une espace justifiante.

Points d’exclamation et d’interrogation sont également précédés d’une espace fine insécable et suivis d’une espace justifiante. Ils peuvent être conservés dans les titres. Attention également à leur emploi. Il est préférable d’éviter la succession de points d’exclamation, inutile : « !!!! » ou les constructions de ce type « !!?!! », que l’on retrouvera plus volontiers en bande dessinée qu’en littérature.

Les points de suspension … servent à signifier l’inachèvement d’une suite d’idées, d’une énumération. Ils sont accolés au mot qui les précède et sont suivis d’une espace justifiante. Ils peuvent être placés avant ou après un point d’exclamation ou d’interrogation : « Mais… ? » ; « Mais ?… »

Ils servent aussi à exprimer un sous-entendu et sont parfois utilisés sans parcimonie pour donner du suspense dans un récit, ce qu’il faut éviter dans la mesure du possible :

« Subitement, le meurtrier surgit devant elle… »

S’ils sont placés entre crochets […], ils marquent une coupure dans une phrase, par exemple une citation que l’on souhaite raccourcir. Enfin, « etc. » n’est jamais suivi des points de suspension. On écrira donc, soit « etc. », soit « … », mais pas les deux.

Les parenthèses servent à exprimer une indication « hors-texte » pourrait-on dire, dans un récit. La parenthèse ouvrante « ( » est accolée au mot qui la suit ; la parenthèse fermante « ) » est accolée au mot qui la précède. On veillera à les utiliser également avec parcimonie, voire utiliser davantage les tirets d’incise (ou tirets moyens : –).

Les guillemets. J’insiste ici car, en typographie française, il faut utiliser en première intention les guillemets dits français justement : « et ». Attention donc à vérifier que votre traitement de texte soit bien réglé en « français » pour la langue de vérification, car sinon, automatiquement, le logiciel composera des guillemets anglais “ et ”. Ces derniers seront utilisés toutefois si l’on souhaite intégrer, au sein d’une expression déjà entre guillemets, d’autres guillemets :

« Non, ce n’est pas possible, je ne crois pas aux “aliens”, tu te trompes ! »

Comme vous le voyez, les guillemets anglais sont accolés au mot qu’ils enferment.

Les guillemets servent ainsi à intégrer une citation la plupart du temps, ou pour les ouvertures de dialogue.

Le guillemet ouvrant est précédé d’une espace justifiante mais est suivi d’une espace insécable, non fine (mais de facto dans les logiciels de traitement de texte, les espaces fines et non fines sont identiques), et inversement pour le guillemet fermant. Ainsi, les guillemets ne peuvent être détachés, par un saut de ligne ou de page, des mots qu’ils renferment.

Le deux-points enfin, sert à introduire une explication, une citation et sert d’ouverture à une énumération en liste. Attention à ne pas employer deux fois dans la même phrase le deux-points.

Il est précédé d’une espace insécable et est suivi d’une espace justifiante. Ainsi, il ne peut pas être renvoyé seul en début de ligne.

Voici un tableau récapitulatif :

Signe

Espace avant Espace après

.

Aucun

Espace justifiante

,

Aucun Espace justifiante
; Espace fine insécable

Espace justifiante

? !

Espace fine insécable Espace justifiante

(

Espace justifiante Aucun
) Aucun

Espace justifiante

:

Espace insécable Espace justifiante
« Espace justifiante

Espace insécable

»

Espace insécable Espace justifiante
Aucun

Espace justifiante

 

À bientôt !

 

 

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