Les pléonasmes courants

Aujourd’hui, un petit article sur les pléonasmes. Pas besoin je pense d’expliquer en détail ce qu’est un pléonasme, car c’est une figure de style bien souvent involontaire et que je traque régulièrement dans les manuscrits que je corrige. Pour juste vous donner un exemple, on n’écrira jamais « monter en haut », car dans le verbe « monter », il y a déjà la notion d’aller en hauteur. D’où l’inutilité du complément qui ne fait qu’alourdir le texte. On parle alors de périssologie (redondance inutile et involontaire).

Vous allez me dire, les pléonasmes, ils sont assez évidents, donc c’est facile de les éviter ! Oui, pour certains bien sûr, comme l’exemple que je viens de donner. Mais d’autres sont peut-être plus subtils et apparaissent sous nos plumes par des petits tics d’écriture ou des habitudes à l’oral. Le pléonasme n’est pas vraiment une faute en soi mais des petits détails qui peuvent gêner la fluidité de la lecture et aussi conférer à votre texte un aspect de mauvaise finition, ce qui serait bien dommage. Il peut être a contrario aussi une manière d’insister sur un point, et dans ce sens une vraie figure de style, comme dans l’exemple «  je les ai vus de mes propres yeux ». Sachant qu’on ne voit qu’avec les yeux, le complément est foncièrement inutile mais il vient renforcer la véracité et la force du propos.

Voici donc une petite liste, non exhaustive bien sûr, des pléonasmes récurrents, que je compléterai sans doute au fur et à mesure.

  • Au jour d’aujourd’hui : un grand classique de l’oral. Pour insister sur le fait qu’un événement se déroule effectivement ce jour. Mais « hui » signifiant ce jour, et aujourd’hui étant ainsi lui-même un pléonasme, « au jour d’aujourd’hui », ça fait un peu beaucoup, non ?
  • Reporter à une date ultérieure : si on reporte, c’est pour plus tard.
  • Prédire à l’avance : prédire signifie anticiper, donc forcément à l’avance.
  • Une opportunité à saisir : dans « opportunité » il y a déjà la notion d’élément intéressant qu’il fait saisir.
  • Un tri sélectif : le fait de trier, c’est sélectionner, mettre de côté, séparer. Donc sélectif.
  • S’avérer vrai : s’avérer = se révéler exact.
  • Opposer son veto : veto en latin veut déjà dire « je m’oppose ». Donc, il oppose son veto = il oppose le fait de s’opposer. On dira « mettre son veto ».
  • Optimiser au maximum : optimiser veut déjà dire améliorer, avec la volonté d’atteindre le meilleur.
  • Demander d’un air interrogatif : là aussi, redondance.
  • Le danger potentiel : « danger » signifie qu’un péril est susceptible de survenir. Il est donc nécessairement « potentiel ».
  • Voire même : on écrira « voire » ou « même » mais pas les deux en même temps !
  • Certains verbes avec « complètement » (ou autre synonyme) : « finir complètement », « abolir totalement », « éliminer, détruire totalement », par exemple ne sont que redondance. Soit on a fini, soit on n’a pas fini ; soit on n’abolit, soit on n’abolit pas, pas de demi-mesure.
  • Tolérance zéro : le grand slogan de la Sécurité routière. Soit on est tolérant, soit on ne l’est pas…
  • Réserver à l’avance (un restau, un voyage) : dans « réserver », il y a déjà l’idée d’anticipation.
  • S’autogérer soi-même : dans « auto », il y a la notion de « soi ».
  • Comme par exemple : soit on écrit « comme », soit « par exemple », mais pas les deux.
  • Applaudir des deux mains : avec une seule, c’est moins pratique.
  • Un bip sonore : je ne connais pas les bips lumineux par exemple.
  • Le but final : un but étant une finalité en soi…
  • Coopérer ou collaborer ensemble : le préfixe « co- » invite déjà à être ensemble.
  • Crier fort : on peut difficilement crier en murmurant, à moins qu’on puisse murmurer en criant…
  • Consensus commun : il peut peut-être exister des consensus partagés par une seule personne, mais j’en doute.
  • Courte allocution : je préfère toujours un long discours !
  • Une dune de sable : de quoi d’autre la dune… ? De cailloux ? Ce n’est plus une dune alors.
  • Une fausse perruque : donc de vrais cheveux sur la tête ??
  • Ils se rapprochent les uns des autres : lorsqu’on se rapproche, c’est les uns des autres, non ?
  • La marche à pied : elle est plus fatigante que celle à vélo, je vous l’accorde.
  • Perfection absolue : la perfection invite déjà à la notion de ce qu’il y a de mieux.
  • Période de temps : pourrait-on imaginer une période qui soit autre chose que du temps ?
  • Petit détail : assez courant comme pléonasme ; maintenant, un détail reste un petit point, sinon ce n’est plus un détail.
  • Puis ensuite : l’un ou l’autre, mon capitaine !
  • Préférer plutôt : quand on préfère, c’est plutôt une chose qu’une autre, non ?
  • Repasser une deuxième (ou seconde fois) : avec « re- », on indique déjà qu’on recommence.
  • Mauvais cauchemar : rares sont les cauchemars joyeux.
  • Monopole exclusif : un monopole partagé n’est plus vraiment un monopole.
  • Tollé de protestations : tollé = levée de protestations.
  • Le seul et unique : peut-on être pluriel dans l’unicité ? Je laisse les philosophes répondre.
  • Unanimité totale : une décision peut-elle faire l’unanimité de la moitié des personnes ?
  • Surprendre à l’improviste : quand on est surpris, c’est forcément par surprise !
  • Retour en arrière : difficile d’imaginer un retour en avant je crois.
  • Geler de froid : certes, quand c’est froid, ça peut brûler aussi, mais bon.
  • Commencer d’abord : il faut bien commencer quelque part, mais ce sera forcément en premier.
  • Un taux d’alcoolémie : alcoolémie = taux d’alcool dans le sang. Donc le taux d’un taux ? Pas simple.
  • Le faux prétexte : un prétexte c’est quelque chose qu’on invente, donc c’est par essence faux, non ?
  • Caserne (ou garnison) militaire : je ne savais pas qu’il existait des garnisons civiles.
  • Populations civiles : parle-t-on a contrario de populations militaires ??
  • Lorgner sur : on « louche sur », mais « on lorgne » (transitif direct) les bons gâteaux qui sortent du four !
  • Le principal protagoniste : les protagonistes de second plan sont-ils encore des protagonistes ?
  • Talonner de près : pour talonner faut être dans les talons. Donc pas trop loin quoi.
  • Un hasard imprévu : prévoir les choses peut-il occasionner du hasard ?
  • Répéter deux fois : si on « répète » c’est qu’on a déjà dit, donc au moins une fois, ce qui fait deux en tout ! Mais on peut dire bien sûr « répéter trois, quatre, dix fois… »
  • Dresser les cheveux sur la tête : a-t-on des cheveux ailleurs ?
  • C’est de lui dont je parle : dans « dont » il y a déjà « de ». Donc « c’est lui dont je parle » ou « c’est de lui que je parle ». Mais pas un mélange des deux.
  • Démissionner de ses fonctions : de quoi d’autre sinon ?
  • Un revolver à barillet : un revolver est une arme à barillet.
  • Mitonner lentement : mitonner du vite-fait, le résultat n’est pas garanti !
  • L’apparence extérieure : l’apparence intérieure est assez compliquée à catégoriser.
  • Autorisation préalable : si on autorise une action ou autre, c’est forcément avant de la faire.
  • Avertir (pronostiquer) à l’avance :
  • Claquer bruyamment la porte : on peut essayer de la claquer doucement, mais cela fera toujours du bruit…
  • Continuer encore : on peut s’arrêter de continuer, mais si on continue, c’est encore et encore… (et c’est que le début…)
  • Cotiser à plusieurs : eh oui, « co-» cela veut dire ensemble.
  • Importer de l’étranger : importer du pays où l’on est déjà, c’est compliqué.
  • Illusions trompeuses (ou mirage trompeur) : n’est-ce pas le but de l’illusion que de tromper ?
  • Au maximum de son apogée : très lourd, là.
  • S’aider mutuellement : s’aider tout seul, c’est pas le mieux pour progresser.
  • Les perspectives d’avenir : celles du passé ne sont plus trop des perspectives.
  • Un bref résumé : un long résumé n’est plus un résumé.
  • Dépenses somptuaires : somptuaire = relatif aux dépenses, notamment inutiles, ou luxueuses. Des taxes ou impôts peuvent être somptuaires, mais ce seront toujours quelque part des dépenses.
  • Les étapes successives : les étapes se suivent déjà.
  • Les méandres sinueux : un méandre est déjà tortueux.
  • Devenir par la suite (ensuite) : devenir avant n’est pas facile.
  • Cadeau ou don gratuit : payer pour avoir un cadeau, c’est pas cool.
  • Un ciel constellé d’étoiles : consteller = étoile.
  • Averse de pluie : la pluie c’est forcément une averse.
  • Bourrasques de vent : une bourrasque, c’est déjà du vent, mais je n’espère pas que ce soit le cas de cet article !
  • Être devant une double alternative : en français, une alternative est une situation dans laquelle deux choix s’offrent, pas plus.
  • Hémorragie sanguine : de quoi d’autre peut-on saigner, à part du sang ?
  • S’esclaffer de rire : on peut s’esclaffer de ce pléonasme, mais ce sera de rire de toute façon ! S’esclaffer = pouffer, donc de rire.
  • Un haut building : un building peut être plus petit qu’un autre, certes, mais il reste de toute façon haut.
  • Des précédents par le passé : tout ce qui arrivera demain n’est pas vraiment un précédent.

 

11 comments on “Les pléonasmes courants”

  1. robert Répondre

    Dans les orchestres il n’est pas rares que les musiciens applaudissent d’une seule main parce qu’ils tiennent leur instrument dans l’autre… 🙂 donc il utilisent une main et leur cuisse en general.

    • nicolaskoch Répondre

      Dans ce cas, est-ce bien le verbe « applaudir » qui s’applique ? 🙂 Le verbe signifiant stricto sensu « battre des deux mains »

      • Gratien Murray Répondre

        Merci pour l’information, en voici un autre « Notre souper de ce soir fraîchement pêché hier ! »

  2. Pingback: Averse de pluie, opportunité à sa...

  3. Isabelle Bernier Répondre

    Merci pour cette liste très pratique, cependant j’y ai relevé deux ou trois énoncés très discutables, dont deux sont peut-être même erronés . Voici le premier : « Averse de pluie ». Voici ce qui correspond à ce qu’on entend souvent à la météo et qui est corroboré par Wikipédia et l’Office de la langue française selon le Multidictionnaire de la langue française :  » Une averse est un mode de précipitations se caractérisant par un début et une fin brusque et par des variations rapides d’intensité1. Souvent forte et de courte durée, elle provient de nuages convectifs comme le cumulus bourgeonnant et donne de la pluie, si la température est au-dessus du point de congélation dans le nuage, ou de la neige si la température est sous celui-ci ».

  4. Isabelle Bernier Répondre

    « Population civile », est accepté au Robert (opposé à « mobilisés »). De plus, par analogie, on retrouve des populations de manchots, babouins, etc.

  5. Isabelle Bernier Répondre

    Et pour terminer ma série de commentaires, « seul et unique » sont deux mots qui peuvent revêtir des sens différents, et peuvent donc se renforcer.  » Seul » indique qu’on n’est pas accompagné d’autres du même genre (Robert) alors que « unique » ramène à l’exclusivité. On peut donc s’être présenté seul, et en plus être le seul de son espèce à afficher une certaine qualité ou habileté.

  6. Charles van Lith Répondre

    C’est bien de corriger, mais à choisir de donner l’exemple, il faut être irréprochable.
    Je viens de recevoir un courriel reprenant votre article et quelques-uns de vos exemples m’ont troublé.

    – Le Petit Robert définit ainsi le revolver: « Toute arme à feu à répétition du genre pistolet, avec ou sans barillet. » La précision n’est donc pas superflue.
    – « Cotiser à plusieurs : eh oui, « co-» cela veut dire ensemble. » Pourtant, on peut cotiser seul à une mutuelle, un club… d’ailleurs cela vient du mot « cote » qui est dans son sens premier le « montant d’une cotisation ».
    – Le Petit Robert propose la possibilité de recevoir « une averse de coups ».
    – « …en français, une alternative est une situation dans laquelle deux choix s’offrent, pas plus. » Le Petit Robert cite Flaubert: « Des alternatives […] d’exaltation et d’abattement »
    – « Démissionner de ses fonctions : de quoi d’autre sinon ? » De ses responsabilités de parent ?
    – « Hémorragie sanguine : de quoi d’autre peut-on saigner, à part du sang ? » Le Petit Robert évoque notamment l' »hémorragie des capitaux », voire une « hémorragie de militants »…
    – « Petit détail : assez courant comme pléonasme ; maintenant, un détail reste un petit point, sinon ce n’est plus un détail. » Eh bien non, cet emmerdeur de Petit Robert cite le « Petit détail; sans importance, insignifiant ».
    – « Période de temps : pourrait-on imaginer une période qui soit autre chose que du temps ? » Une période d’examens, de deuil, la période bleue de Picasso… et bien d’autres !
    – « Ils se rapprochent les uns des autres : lorsqu’on se rapproche, c’est les uns des autres, non ? » Ils peuvent se rapprocher d’un endroit, de vous-même…

    Je vous ai gardé le dernier au chaud: « S’aider mutuellement : s’aider tout seul, c’est pas le mieux pour progresser. » Et bien si, on peut s’aider (seul) d’un dictionnaire pour accéder aux définitions correctes et, partant, progresser en français.

    • nicolaskoch Répondre

      Merci pour votre commentaire très précis.
      Mea culpa, car je n’ai pas précisé le détail de certains pléonasmes (que je maintiens), lesquels sont tirés d’exemples précis.
      En premier lieu, n’en déplaise au Petit Robert que j’aime bien par ailleurs, un revolver et un pistolet ne sont pas la même chose, et plus précisément un revolver a un barillet, c’est d’ailleurs de là que vient son nom « to revolve » = tourner. Ainsi, dans un revolver, les munitions sont placées dans un barillet tournant, et dans un pistolet, elles le sont dans la crosse. Donc, oui, un revolver à barillet est bien un pléonasme dans tous les cas. Les dictionnaires peuvent faire eux aussi des petites imprécisions, il est donc utile d’aller croiser les informations avec d’autres sources. J’utilise souvent le site du CNRTL et de la BDLQ qui sont très intéressants, en plus de mon Petit Robert (oui c’est celui que j’ai ^^).
      Je n’ai plus le détail des exemples qui m’ont amené à rédiger cet article que j’ai placé à dessein sur le ton de l’humour. Pour hémorragie, l’exemple était du genre « suite à un accident, le pauvre homme a subi une hémorragie sanguine », dans ce cas, « sanguine » me paraît tout à fait superfétatoire. Tout comme « à son travail, il a démissionné de ses fonctions », « ils ont décidé de cotiser à plusieurs pour lui faire un cadeau » (on pourrait ajouter qu’une mutuelle, un club ou une association fonctionnent grâce à la somme des cotisations de chacun, donc on cotise bien quelque part à plusieurs), etc.
      J’aurais sans doute dû expliciter cela.
      Pour alternative, je maintiens qu’il s’agit d’un anglicisme de « alternative », passé certes dans le langage courant, mais un anglicisme tout de même.

  7. Anne B Répondre

    Bonjour
    « s’autogérer » est déjà un pléonasme (autogestion, non)
    s’aider [mutuellement] et s’aider d’un dictionnaire: un réciproque et un réfléchi.
    le revolver est un pistolet à barillet, « revolver à barillet » est bien un pléonasme.
    « opportunité » dans le sens d’« occasion », c’est de l’anglais. Parlerait d’une voiture d’opportunité?
    À propos du commentaire : « …en français, une alternative est une situation dans laquelle deux choix s’offrent, pas plus. » Le Petit Robert cite Flaubert: « Des alternatives […] d’exaltation et d’abattement » : ici Flaubert utilise « alternative » dans le sens d’alternance, me semble-t-il.

    À propos du commentaire : « Période de temps : pourrait-on imaginer une période qui soit autre chose que du temps ? » Une période d’examens, de deuil, la période bleue de Picasso… et bien d’autres !
    bien sûr, mais c’est bien de temps qu’il est question!

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