De la nécessité de faire un plan avant d’écrire ?

Aujourd’hui, un petit billet consacré davantage à l’écriture et à la méthode que purement orthographique. Une idée suite à un échange intéressant sur Twitter avec d’autres auteurs.

Celui-ci s’adressera surtout aux « jeunes » auteurs, celles et ceux qui débutent l’écriture d’un premier roman notamment. Lorsqu’on se lance en effet, et ce fut d’ailleurs mon cas pour l’écriture d’Ahmès scribe d’Égypte, mon premier roman à paraître, une sorte d’angoisse plane au-dessus de nos têtes tel le vautour qui attend sa proie avec délectation : « Vais-je réussir à le terminer ? »

Eh oui, tout roman, quel qu’il soit, est né d’une idée de départ, une sorte de truc qu’on a pondu sans trop savoir comment la plupart du temps, parfois une simple image, un lieu, qui éveille la petite case du cerveau où est rangée la fonction « écriture ». On se dit alors, « ah ouais, sympa, ça ferait un bon roman ! »

Oui, sans doute. Sauf que le truc, c’est qu’un roman ne s’écrit pas entièrement avec simplement une image ou une seule idée.

De par mon activité de correcteur, j’entends souvent des auteurs « en herbe » (rien de péjoratif surtout ! Je le suis encore pour ma part) s’inquiéter de savoir s’ils vont réussir à étirer leur idée sur les quelques dizaines de milliers de mots que compte un roman. On commence par jeter sur le papier des paragraphes, des personnages aussi, et parfois… ça bloque. On a l’idée mais on ne sait pas comment aboutir à une fin cohérente, inattendue, surprenante, ou même on ne sait pas comment la développer.

Je ne dirais pas qu’il existe une recette miracle à cela, à moins d’être un auteur prolifique et auquel cas, on ne se pose plus ce genre de question.

Mais je pense qu’un exercice préalable à l’écriture en soi d’un roman s’impose si l’on n’est pas sûr de soi, de ses capacités à improviser en cours d’écriture, ou surtout la peur de se perdre en route (très fréquente !). C’est bien là où je veux en venir également : comment éviter – dans la mesure du possible – de se perdre dans le dédale de nos idées… ?

Ce petit exercice préalable, qui n’est pas petit finalement, c’est la mise au point d’un plan, d’un synopsis de l’histoire que l’on souhaite raconter.

Tout comme un scénario de film, rédiger un plan est un outil efficace pour avancer ultérieurement dans l’écriture à proprement parler.

Tout d’abord, on va commencer par jeter l’idée de base, et essayer en quelques lignes, un petit paragraphe, de décrire l’histoire, à grands traits, comme on le fait pour raconter l’histoire d’un film par exemple. On appelle cela un synopsis ou résumé.

Ce sera le noyau originel de votre roman à venir, le centre vital. Rédiger un synopsis n’est pas difficile en soi, bien souvent avec l’idée qu’on a en tête, on peut le faire relativement rapidement. C’est une première étape je pense tout à fait utile, voire essentielle, lorsqu’on n’est pas un écrivain aguerri (et même si on l’est d’ailleurs…).

C’est à partir de ce noyau originel qu’on va pouvoir progressivement construire un plan détaillé de l’histoire à venir. Plusieurs options sont possibles alors : on peut le faire chapitre par chapitre, soit, en premier lieu, essayer d’étirer le synopsis, développer l’intrigue principale et éventuellement y adjoindre des intrigues secondaires. À partir de ce moment, le synopsis va progressivement prendre de l’ampleur et s’étirer sur plusieurs paragraphes, voire pages. C’est ce que je conseillerais.

C’est ici je pense le moment le plus délicat. Si l’on arrive à bien développer son idée de départ sur le papier, cela permet aussi de s’assurer que l’intrigue « tient la route ». Elle mène quelque part, elle est cohérente, logique. Et ce n’est pas rien ! Se jeter dans l’écriture bille en tête et s’apercevoir au bout de quelques chapitres, voire plus, que notre histoire est bancale, c’est une grosse perte de temps, et d’énergie, ce qui est sans doute encore plus grave et peut décourager énormément. On se met à douter de ses capacités.

Voilà pourquoi j’insiste beaucoup sur le besoin de passer par la phase synopsis et plan. Elle peut être longue, douloureuse, on peut recommencer plusieurs fois car on se rend compte qu’on a pris une mauvaise direction mais il est toujours mieux de le réaliser à ce moment qu’en pleine écriture… Mieux vaut abandonner un synopsis qui ne mènera à rien, qu’un roman arrivé à la 50e ou 100e page d’écriture. Si l’on n’arrive pas à écrire ne serait-ce qu’en une petite page ou moins l’intrigue, alors inutile sans doute de commencer à écrire. On n’ira probablement pas très loin.

Pour arriver à écrire ce plan détaillé, pas besoin d’intégrer tous les personnages du roman, ou toutes les intrigues en détail, et d’ailleurs de nouvelles surgiront en route très probablement au détour d’une page ! Mais il faut réussir à coucher sur le papier l’intrigue principale, les éventuels retournements, les lieux aussi dans lequel les actions vont se dérouler, pourquoi pas.  Il ne faut pas avoir peur de consacrer du temps à ce plan détaillé si l’on croit en son histoire. Ce sera sans doute payant. Car avec un plan détaillé qui tient la route, on a déjà une bonne trame du futur roman ! C’est une grande partie du travail d’abattue.

Arrivé à ce stade, il y a deux possibilités : soit commencer l’écriture, soit passer par la phase « plan très détaillé chapitre par chapitre ». Pour celles et ceux qui débutent dans l’écriture, je peux le conseiller. C’est aussi évidemment une étape assez longue, mais payante encore une fois. Chapitre par chapitre, on essaye de mettre les événements principaux (à partir du plan), les personnages, les lieux, et aussi la trame chronologique, un élément à ne pas négliger si le roman le nécessite. Le plan permettra ainsi de vérifier la cohérence chronologique, la « timeline » du roman s’il s’étire sur plusieurs jours, mois, années, etc. C’est encore une fois loin d’être inutile. On peut aussi y intégrer des « backstories », par exemple autour des personnages. Selon l’inspiration, il ne faut pas avoir peur de détailler le plan, sans faire des figures de style bien sûr, mais être efficace : dans tel lieu, tel personnage va rencontrer tel autre, et il va en découler tel événement, etc.

Si l’on souhaite découper son texte en grandes parties, intégrer un prologue, etc., il n’est pas inutile d’organiser cela une fois que le plan sera terminé. On verra mieux ainsi de quelle manière éventuellement découper en parties notre intrigue si elle le nécessite.

Avec un plan détaillé dans les mains, qui peut s’étirer sur plusieurs pages, on tient un atout essentiel dans l’aboutissement d’un projet d’écriture. On sait que ça « tient la route » et c’est déjà une bonne chose !

À partir de là, on peut, avec moins de crainte, se lancer dans l’écriture.

Bien sûr, je vois déjà certains réagir pour affirmer que l’écriture, c’est du spontané, c’est la plume qui parle. On se laisse guider par l’inspiration du moment, et on recollera bien les morceaux en cours de route. Avec une structure rigide, l’écriture sera aussi rigide et non spontanée, peut-être moins fluide.

Tout ceci est vrai. Mais n’est aucunement indissociable de la notion de « plan » je pense.

C’est une seconde chose qu’il faut aborder ici. Faire un plan ne veut pas dire, à mon sens, s’enfermer dans un cadre trop rigide. Pour être vraiment efficace, le plan doit laisser de la place à l’imagination du moment, où l’on écrit. Pouvoir laisser des portes ouvertes. Et c’est bien là d’ailleurs la difficulté du plan, et du temps qu’on doit y passer.

Le synopsis et le plan doivent pouvoir être construits pour laisser de la place à la surprise, à l’émotion, à l’étonnement du lecteur, le petit plus qui le fera accrocher à votre roman. On doit pouvoir le modifier en cours de route, car un événement qu’on n’avait pas prévu va finalement s’intégrer, et changer peut-être l’évolution de l’histoire.

Faut-il tout connaître donc avant de se lancer ? Certains auteurs le pensent, pour ma part, je ne suis pas sûr que cela soit forcément utile. Ou faut-il – c’est la méthode Stephen King grosso modo – se laisser aller uniquement au fil de la plume et de vivre son intrigue au moment de l’écriture ? Ne partir que d’une simple idée de base ? À moins d’avoir son talent ou d’être aguerri à l’écriture, c’est un pari risqué pour un premier roman. Les deux sont diamétralement opposés.

Il est surtout utile de travailler en amont sur les personnages. Car une histoire, une intrigue, ce sont avant tout des personnages ! Il ne faut pas l’oublier, au risque d’écrire un livre sans saveur et plat.

On peut donc à loisir écrire des fiches personnages, sur papier, ou dans un logiciel quelconque de prise de notes comme OneNote ou Evernote. Peu importe. Ce qui compte, c’est leur description, certes physique, mais aussi leur background personnel, leurs histoires, leur vécu, les interactions, etc. Pour certains d’entre vous, cela suffira peut-être pour se lancer dans l’écriture. C’est utile surtout pour les personnages principaux, les protagonistes. On pourra se contenter d’une petite notice pour les personnages secondaires.

Connaître ses personnages, c’est peut-être ça après tout qui suffit à faire un roman. Pourquoi pas.

En fait, vous réaliserez, à mesure que vous écrirez, qu’il existe sans doute autant de méthodes que d’auteurs ! Chacun se construit la sienne, progressivement, l’expérience aidant. Pour mon projet de roman en cours d’écriture, je suis parti d’une idée, plus précisément d’une période de l’histoire sur laquelle j’ai eu envie d’écrire, inspirée par un film, Mississippi Burning, réalisé en 1989. Je n’ai pas fait de plan, juste un petit synopsis de base, et je me suis lancé dans l’écriture. Je me laisse un peu guider par le fil de mes personnages. C’est du sans filet ? Pas tout à fait, car j’ai en tête là où je veux en venir, et par quels moyens y parvenir, même si l’intrigue a évolué par rapport à l’idée que j’en avais au départ. J’ai surtout aussi des images dans la tête, des scènes que j’ai envie d’intégrer. Et aussi des notes dans OneNote, notamment sur les personnages. On verra ce que cela donnera au final. Car pour mon premier roman, j’avais fait un plan détaillé, chapitre par chapitre, qui s’étirait sur près d’une dizaine de pages. J’ai senti pour ce nouveau roman, que cela ne serait pas le cas. Je construis le plan progressivement. Disons que je fais un petit synopsis rapide des 3 à 4 chapitres à venir, guère plus. Une nouvelle méthode pour moi.

Sera-t-elle efficace ? Seul l’avenir le dira !

4 comments on “De la nécessité de faire un plan avant d’écrire ?”

  1. Ghaan écrivain indie Répondre

    Très intéressant! Construire le plan au fur et à mesure peut être une solution. Les deux points que tu mets en avant peuvent sauver une histoire et donc un apprenti écrivain à la confiance fragile.
    Mais, après plusieurs romans finis dont 2 bouses monumentales (tu en connais une 😉 + l’ingestion et la dissection scientifique de la plupart des grandes méthodes d’écriture de scénario, je changerais juste un point dans ton article:
    1. Connaître ses personnages sur le bout des doigts ( passé et présent dans les moindre détails)
    2. Ensuite éventuellement faire un plan. Stephen King n’a jamais fait de plan. Elizabeth George en fait un suite à la dissection psychologique de ses persos.
    se lancer dans un plan avec des persos imparfaits c’est prendre le risque de figer des événements inconsciemment alors que ceux ci sont en contradiction avec les réactions naturelles des persos.
    Je me méfie même des plans larges où seuls les gros jalons sont indiqués. Car les actions réactions des persos c’est l’effet papillon, un petit acte peut mener à de grandes conséquences. Au delà debla cohérence de l’intrigue, ce qui compte ce sont les réactions et les émotions que dégagent l’histoire et cela on ne l’obtient qu’avec les coups de sang de nos persos. Du coup, je pense qu’il faut éviter de penser à son plan avant de connaître ses persos. Un bon exercice est d’écrire un synopsis par personnage après l’avoir étudié en long et en large.
    bref désolé de la longueur de mon post mais je suis méchamment fâchée avec les plans en ce moment! (Qui ne m’ont pas empêchée de produire une histoire cassée sur le plan émotionnel même si l’intrigue est cohérente)
    Merci pour ton aide en tout cas!

  2. nicolaskoch Répondre

    Voilà pourquoi je dis aussi qu’il est important de travailler ses personnages, et que cela peut suffire à certains 🙂 Et aussi pourquoi un plan doit être souple et savoir s’adapter à l’écriture. C’est un exercice pas simple, qui a été efficace pour mon premier roman. J’en ai moins senti la nécessité pour celui en cours…

  3. Grégory Cotelle Répondre

    Je me permets de réagir suite à cet article. Je suis à la fois d’accord et en contradiction. En effet, chaque auteur a sa propre méthode et il n’y en a pas de miracle. Certains n’écrivent jamais de plan et publient des best-sellers, d’autres détaillent à l’extrême et ne sont jamais publiés… et vice versa.
    Pour ma part, écrire un plan va parfois à l’encontre du plaisir de l’écriture. Se cantonner à faire passer un personnage à droite plutôt qu’à gauche, se dire qu’il doit interagir avec machin plutôt qu’avec truc, établir un schéma scénaristique « métro-boulot-dodo » devient très vite rébarbatif et généralement, le fil des mots m’éloigne du plan.

    J’ai une écriture très automatique. Quand je commence un roman, un chapitre, un paragraphe même, je ne sais généralement pas quelle sera la première idée, je me pose devant mon PC, j’attends que l’inspiration arrive et elle vient souvent par mes doigts plutôt que par un raisonnement construit. J’écoute des bandes originales, j’ai d’ailleurs une playlist « inspiration » d’une centaine de titres (toujours grandissante) me mettant en condition (la musique prend pour moi une grande part à l’écriture). Comme si le récit était maître de moi, que je n’étais qu’un outil. Je n’écris pas, je deviens l’écriture. C’est à la fois un sentiment de soumission et de toute puissance, peut-être trop sacralisé me direz-vous. Cependant, je pense que je ne peux me permettre cette méthode que parce que je ne suis pas un auteur qui doit être productif. Je n’écris que lorsque l’envie me vient, j’ai cette liberté. Cela ne doit pas devenir une contrainte. Je ne vis pas de mes romans, si l’on m’enlève le plaisir que j’ai à les écrire, il ne me reste rien.

    Si je prends l’exemple du roman que j’écris actuellement, son idée m’est d’abord venue car j’ai imaginé un titre. L’histoire, l’intrigue, les personnages secondaires sont venus au fur et à mesure. Comme j’écris à la première personne, je me retrouve à être mon personnage, je dois être surpris, ne pas m’attendre à ce qui arrive, donc je ne peux pas me fixer de plan trop établi.

    Le plan, s’il n’est pas fixé, est cependant présent, tapissé en fond de mon esprit. Je sais comment l’histoire doit finir mais pour moi, ce n’est pas la destination qui importe mais le voyage. Je me résigne par exemple à ce qu’un personnage doive mourir mais l’important est de savoir pourquoi. J’ai donc en tête la ligne d’arrivée mais le plan se construit de lui-même. Ce n’est d’ailleurs au final pas un plan mais « une logique », un découlement évident des événements, plutôt qu’une deus ex machina qui viendrait à sortir miraculeusement mes personnages d’une situation incongrue.

    En revanche, structurer ses idées, par le biais d’un plan, de notes, de fiches personnages, est toutefois quelque chose que je conseille fortement. J’ai eu l’amer expérience de terminer un roman qui, je m’en rends compte aujourd’hui, partait dans tous les sens et n’a pas pu être publié. Ecrire un plan (ou une forme de plan) aurait permis de cadrer l’intrigue et éviter que le récit devienne incompréhensible. Car si tout est clair pour moi, ça ne l’est pas forcément pour les autres.

  4. C.S. Ringer Répondre

    Les plans sont devenus quasi-obligatoires pour ma part ! Les idées dans la tête c’est bien, mais il y a aussi d’autres choses, et on peut passer à côté d’une belle idée simplement parce qu’on a eu une journée bien remplie !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


%d blogueurs aiment cette page :